Talk or die


   
 
    Jean-Louis n'avait pas très envie de se promener dans les bois ce week-end.

    C'était un garçon qui aimait la ville, car il trouvait qu'il y avait beaucoup plus de loisirs qu'à la campagne. Peut-être. Mais ce samedi-là, Jean-Louis n'eut pas le temps de s'ennuyer. Pas une fois.

    Ils étaient partis camper dans les bois de Frémontiers, en région picarde. Lui et ses cheveux longs châtains aux yeux noisette, sa soeur Alicia, avec les mêmes gènes et donc les mêmes couleurs, le petit ami de sa soeur, Daniel, un espèce de brun ténébreux et deux amies, Floriane, petite brune mignonne et Lucie, une grande blonde aux yeux verts.

    Alicia adorait la forêt vierge. Peut-être parce qu'elle l'était aussi, aimait-il penser en se moquant. Évidemment, il ne doutait pas que Daniel profiterait de ce week-end pour essayer de se taper sa petite soeur, comme tous les gars qui sortent avec une fille. Floriane était une amie d'enfance de Jean-Louis, une fille sympathique mais avec quelques phobies. Lucie, elle, c'étaient sa soeur et son homme qui avaient insisté pour la faire venir aussi mais Jean-Louis se serait bien passée d'elle. Et pour cause... c'était son ex petite-amie, et leur rupture avait été légèrement musclée. Ils étaient chez lui. Lui avait découvert qu'elle avait une liaison, elle lui avait alors dit à ce moment que ce n'était pas le premier et que de toute manière, il n'était qu'un test car elle vouloir savoir ce que cela faisait de coucher avec un geek, lui se mit en colère, très en colère, l'attrapa par la gorge, l'étrangla, elle se dégagea en le menaçant avec un couteau qui traînait sur la table de la cuisine dans laquelle ils se disputaient, lui la traita de sale pute et elle de gros clochard impuissant à la tuyauterie infectée, puis elle partit. Aucun des deux ne porta plainte, et puis de toute manière, qu'aurait fait la justice ? Ordonner à l'un de ne pas s'approcher à moins de cinquante mètres de l'autre ? Perte de temps. Et voilà que son adorable frangine ramenait cette ex indésirable dans leur week-end.. Lui qui n'était pas très partant, maintenant il n'avait qu'une envie, prendre la voiture et se tirer en laissant ce groupe de zouaves derrière lui.

- Bon, j'espère que vous avez rien oublié, dit-il. Dany ?
- Ouais ?
- Je peux te parler une seconde ?
- Tu m'en colles une si je fais du mal à ta soeur ?
- Euh...
- T'inquiètes. C'est pas mon genre.
- Ouais. (puis il pensa) ça vaudrait mieux pour ton matricule. 


    Daniel demanda :

- Au fait on dort dans une tente ?
- Pas la peine, répondit Alicia, on a loué un chalet.
- Un chalet ?
- Ouais enfin, c'est une espèce de grande baraque. Assez grande pour dormir dedans.
- Et y'a pas à bouffer avec ?
- De la merde, répondit Jean-Louis, c'est déjà bien qu'on paye pour la cabane, on a pris des provisions. Et puis c'est mieux qu'une tente.
- Oui, largement mieux, ajouta Floriane d'un air ahuri. Et là l'ex redoutable entra en scène.
- Au fait, j'ai pris un matelas gonflable et il y a de la place pour deux. On pourrait le passer aux deux tourtereaux ?
- Et pourquoi tu dormirais pas dedans toi ? demanda Jean-Louis.
- Et qui partagerait le matelas avec moi ? Toi ?
- Tu peux toujours courir. Et ton matelas tu peux te le foutre où je pense.
    
    C'est là que la frangine perdit patience.

- Putain mais vous pouvez pas arrêter de vous gueuler dessus comme des pitbulls ? On s'en fout de vos problèmes de libido. Et Lucie, tu ferais mieux de la fermer parce que c'est toi qui a dit que tu voulais recoller les morceaux avec Jean !
- Quoi ? Mais... non mais t'as fumé toi ! Une gonzesse comme toi, mais je deviens maboul !
- Jean-Louis, tu viens on va discuter, lança Floriane.

    Il se tut aussitôt et s'éloigna avec sa meilleure amie, qui était aussi sa confidente. Elle lui expliqua que Lucie n'était pas là pour lui mais parce qu'elle avait l'intention de voler le mec de sa soeur, alors Jean-Louis avait encore plus envie de la fracasser, mais Floriane lui dit qu'elle avait un plan pour elle et qu'il n'avait plus à s'en faire.

    Après cette dispute aussi inintéressante qu'une scène de Plus belle la vie, tous se rejoignirent à l'intérieur de la « cabane ». Après avoir sorti matelas gonflables, ou autres sacs de couchage, table de camping, etc, Floriane sortit un objet de la poche de son pull, vous savez ces pulls avec des poches au milieu comme au ventre d'un kangourou ? 

- Au fait, j'ai trouvé ça tout à l'heure, dit-elle en montrant un talkie-walkie.
- Quand ? demanda Daniel.
- Quand on a parlé, répondit Jean-Louis. Par contre ce qui est bizarre, c'est qu'on en a trouvé qu'un seul.
- Ben le mec qui est venu a du perdre celui là, dit Lucie. 
- Ouais mais bon quand même c'est assez gros un talkie, il est aveugle le bonhomme s'il a pas remarqué, ajouta Dany.
- Y'a des gens comme ça, que veux-tu ? Passe-le moi, je veux essayer un truc.

    Floriane donna l'appareil à Lucie qui le tendit à sa bouche.

- Tu fais quoi là ? demanda Jean-Louis.
- Je veux savoir qui est au bout. On sait jamais, des fois où il y aurait quelqu'un. 

    Elle mit en marche l'émission de l'engin de communication. Puis commença le blabla habituel.

Frémontiers, est-ce que quelqu'un me reçoit ? À vous !
    
    Pas de réponse.

- Alors ? demanda Alicia.
- Personne. Juste des grésillements, confirma Lucie, puis elle continua. Le type l'a oublié c'est clair.
- Bref, c'est pas tout ça, mais moi j'ai les crocs. Alors, à table ! ordonna Dany.


    
    Ils firent un barbecue ce soir là. Cela est interdit dans les bois, mais bon, à des bandes de potes dans ce genre, allez leur expliquer. Après avoir flirté pour certains, ri pour d'autres, ou tout simplement joué à des jeux de société, le cercle d'amis alla dormir. 

- Je t'ai déjà dit, pas pour le moment, Dan !
- OK OK pas de problème, Alice !
- Et je m'appelle pas Alice !
- Ouais, ben, moi je m'appelle pas Dan.
- T'es vraiment qu'un con.

    Pas de position du missionnaire pour Daniel ce soir. La forêt vierge d'Alicia avait bien l'intention de le rester encore un moment.

    Lucie avait monté à l'étage de la gigantesque cabane-maison. Elle préférait dormir seule, ou plutôt elle s'est dit que ça valait mieux pour elle. Curieusement, elle avait emporté le talkie-walkie, se disant que ça pourrait être utile en cas de pépin !

    En cas de pépin... ma pauvre fille, te voilà avec un vieux appareil de transmission de la Deuxième Guerre Mondiale. Qui veux-tu avoir au bout du fil ? Charles de Gaulle ? se dit-elle à elle-même, mais c'était plus fort qu'elle. Elle voulait, non DEVAIT recevoir un signal. Alors elle se leva dans la nuit, le talkie-walkie dans la main gauche, et sortit.

    Mais qu'est-ce que tu fous Lucie ? T'as craqué ?
- Ferme-la un peu, je gère.

    Après cinq minutes de marche dans les bois, dans les ténèbres de la nuit, avec pour seul éclairage l'application lampe torche de son smartphone dernier cri, qui ne captait même pas de réseau, dans un environnement pareil, le transmetteur commença à émettre un son. Lucie écouta attentivement. Elle finit pas distinguer comme des bruits de pas, dans cette douce nuit si calme.
    C'est alors qu'elle eut l'idée de relancer un appel.
    
- Allô ? Ici Frémontiers. Est-ce que quelqu'un me reçoit ? À vous !

    Toujours aucune réponse.

- Ah et puis merde je rentre.

    Lucie se prépara à retrouver le chemin de retour, quand le talkie-walkie répondit à son appel.

    Ah et puis merde je rentre.

    L'appareil venait de lui balancer au visage son juron de quelques secondes auparavant. Cela ne pouvait expliquer qu'une chose. Soit le transmetteur défaillait et par conséquent, faisait office de dictaphone plus qu'autre chose. Ou alors...

    Non, pas à cette heure-ci !

    Ou alors quelqu'un était là, au bout du signal, avec l'autre talkie-walkie de la paire... Et pour que le signal répète la phrase de Lucie... C'est que l'interlocuteur se trouvait...
    Elle sentit une respiration dans son cou. Elle se retourna.
    Quelque part dans les bois, quelque part dans la nuit, le talkie-walkie émettait un son. Le son d'une jeune femme hurlant de terreur et suppliant son agresseur de ne pas la tuer. Mais hélas, c'était trop tard. L'appareil émit un bruit violent et sec, mais aussi horriblement écœurant. C'était comme l'ambiance sonore d'un abattoir, ou d'un boucher en plein travail mais en pleine nuit, dans une forêt. Et à l'exception que le gibier poussait des gémissements de terreur. Des gémissements humains.



- Lucie ?

    Il était maintenant dix heures du matin. Tout le monde venait de se réveiller dans le chalet. La première chose qu'ils constatèrent était qu'il manquait quelqu'un à l'appel. 

- Ben merde, elle est passée où ? demanda Daniel.
- Elle s'est barrée, répondit Jean-Louis, tout en montrant ce qu'il y avait dehors. Ou plutôt ce qu'il n'y avait plus. 
- Quoi ? Mais.    

Tous sortirent de la cabane et découvrirent avec stupeur que la voiture n'était plus là.

- QUELLE... PUTE !!! hurla Jean-Louis de colère. LA SALOPE !
- Attends, t'excites pas comme ça, dit aussitôt sa soeur pour le calmer. On a aucune preuve.
- Aucune preuve... Tu te fous de ma gueule ? Elle est plus là. La bagnole non plus ! Ça te suffit pas ? 
- Elle nous aurait prévenus quand même.
- Putain... fais chier, jura une dernière fois Jean-Louis... Bon OK, pas de panique, on va l'appeler.
- OK, j'ai son numéro, ajouta Dany.
- Attends, comment ça se fait que t'as son numéro toi ? demanda Alicia.
- Je t'expliquerai plus tard. 

    Daniel sortit son téléphone, sélectionna Lucie dans ses contacts, puis appela. 

    Personne au bout du fil. Il tomba directement sur le répondeur.

- Ça répond pas, confirma-t-il.
- Attends deux secondes, ordonna sa copine, puis elle regarda l'écran du téléphone. Pas de réseau.
- Putain de merde ! jura encore une fois Jean-Louis. Faut que je prenne l'air.
- Où tu vas ? demanda Floriane.
- Je reviens, vous inquiétez pas.

    Il s'éloigna de ses amis. Jean-Louis avait cette habitude de se calmer en se promenant à l'air frais. Cela lui faisait beaucoup de bien. Après cinq minutes de marche, il trouva quelque chose par terre.

- C'est quoi ce...

    Il ramassa un talkie-walkie, le même que celui que Floriane avait trouvé la veille. Il se souvint alors que Lucie le lui avait pris. Il prit l'appareil en question, puis retourna rapidement vers le chalet pour en informer ses camarades.

- C'est peut-être pas celui qu'on pense, affirma Daniel.
- Oui, vous êtes d'accord qu'il faut deux talkies-walkies pour communiquer d'une personne à une autre... C'est peut-être celui de l'interlocuteur ? Et celui que Flo a trouvé hier, elle l'a peut-être encore si ça se trouve, ajouta Alicia.
- Et toi Flo ? T'en penses quoi ? demanda Jean-Louis à sa meilleure amie.
- Elle est partie. Et celui-là c'est le deuxième. Autrement la voiture serait toujours là.
- Tu vois ?  ajouta encore Alicia.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Floriane.
- On peut essayer de la joindre, dit Jean-Louis.
- Tu parles, y'a pas de réseau.
- Alors il nous reste deux solutions. Soit on fait de l'auto-stop, soit on reste en attendant la semaine ici.
- La semaine ? Mais on sait même pas si on pourra tenir ! dit Alicia.
- En attendant, c'est ça ou l'auto-stop. Pendant la semaine, on a des autocars avec des gamins qui viennent étudier la nature, ce genre de trucs. On aura pas de mal à rentrer. Quitte à repartir avec des mômes. Ça sera moins risqué.
- Ouais, t'as raison, confirma Alicia. Daniel tu décides quoi ?
- Je reste.
- Je reste aussi, ajouta Flo.
- Voilà qui est réglé. 

    Ils passèrent la journée puis le soir dans ce chalet. Ils s'occupèrent avec des jeux, se racontaient des anecdotes, mangeaient leurs restants de provisions, tout en essayant d'en garder un maximum pour les deux ou trois jours qui suivraient.



    De nouveau la nuit.

    Cette fois-ci, le couple de tourtereaux était bien décidé à passer à l'acte. C'est ce qu'ils firent. À peine eurent-ils le temps de terminer la tâche qu'un nouveau grésillement se faisait entendre. C'était eux qui avaient le talkie-walkie. Ils l'avaient pris dans la soirée, pour ne pas que Jean-Louis et Floriane aient plus de soucis à se faire. Alicia s'empara de l'objet en question. Puis elle se mit en tête de tenter une éventuelle conversation, si toutefois il y ait quelqu'un au bout du fil.

- À vous !

    Encore une fois, l'appareil resta silencieux.

- C'est vraiment un appareil de merde.
- Je confirme, approuva l'amant.
- Bon je vais pisser. Tu bouges pas hein ?
- T'inquiète, ma reine de beauté.
- Je t'en foutrais des reines de beauté.

    Lui ricana, elle alla faire sa petite commission. Daniel saisit le talkie-walkie à son tour. Il parla.

- Allô allô, ici Daniel Lampart, en direct du bois de Frémontiers. Nous sommes condamnés... Hé hé... nous sommes des cons damnés... pour l'éternité dans cette foutue forêt. Public, à vous !

    Toujours rien. Il reposa l'engin. Et là. 
    
    Allô allô... Daniel Lampart... 

- Qu'est-ce que...

    La machine répéta de plus belle...

    Allô allô... Daniel Lampart... Frémontiers...

    … puis ajouta...

    Condamnés...
    
- Alice ?

    Condamnés... Damnés.... 

    Puis après un blanc de cinq secondes...

    Éternité.

    Brusquement, un grésillement insupportable sortit de la petite enceinte du talkie-walkie. Dany s'en boucha les oreilles, et dévoila un des ses plus beaux stocks de jurons pour l'occasion. Puis, le silence se fit soudain. Il se dirigea vers une des fenêtres de la pièce dans laquelle il se situait. À l'unique étage du chalet.

- Putain, quelle soirée !

    En l'espace d'à peine deux secondes après, une force inconnue, comme quelque chose, ou quelqu'un, attrapa Dany par la fenêtre, et l’entraîna dehors.
    
- AAAAAAAAHHHHH !!!!!!!!! ALICIAAAA !!!!!!!!! NOOOOOOOOOON !!!!!!!!!!!!!

    Elle revint dans la pièce qui leur servait de chambre, à elle et à son petit copain. Sauf que le petit copain était absent.

- DANY !!!!

    La chose le traîna avec une force et une rapidité terrifiante, jusqu'au plus profond dans les bois. Dany ne cessait de gindre, d'insulter ce qui venait de l'attraper. Mais rien n'y faisait. Il savait qu'il était trop tard.

    Quand Alicia trouva la pièce vide, elle remarqua que le talkie-walkie était toujours là. Que la fenêtre avait été brisée. Elle appela d'abord son petit ami par cette fenêtre. Mais personne ne répondait. 

- DANYYYYY !!!!!!!!!!!!!

    Jean-Louis et Floriane arrivèrent finalement. Réveillés par le bruit de la fenêtre qui fut brisée violemment par la chose qui avait pris Daniel.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il à sa soeur.
- Dany.... il... sanglota-t-elle.

    Floriane s'empara du talkie-walkie, qui émettait un son.

- Qu'est-ce qu'il se passe de l'autre côté ? demanda-t-elle.

    Le talkie-walkie qui semblait bien funeste lui répondit. Par les cris d'horreur de Dany.

- NOOOOOOON !!!!!! hurla Alicia.
    
    Tous entendirent clairement ce qu'il se passait au bout du fil. La chose avait attrapé Daniel. Et le dévorait. On entendait clairement les grognements d'une créature venue des ténèbres.

- NOOOOOON !!!!!!!!!!! hurla encore Alicia, qui partit suivre son copain dans les bois.
- NON ! RESTE LÀ !!!! hurla Jean-Louis à son tour, puis il partit à sa poursuite.

    Ils courraient comme des furies dans les bois profonds. Alicia était déjà beaucoup plus éloignée que son frère. Lorsque celui-ci la rejoignit, elle était plantée devant lui, debout, le visage vieilli à cause de la tristesse, de l'angoisse qu'elle ressentait à ce moment. Quand Jean-Louis lui demanda ce qu'elle avait, elle désigna le sol de l'index de sa main gauche, tout en poussant des gémissements d'horreur et de chagrin mêlés.
    Jean-Louis regarda vers le doigt. Puis ce qu'il désignait. Par terre. Il y avait quelque chose. Non. Quelqu'un. Ou du moins ce qu'il en restait.

    Daniel était étendu là, juste devant lui. Mort. Il avait été sauvagement éventré. Sur son cou, des marques similaires à des étranglements où une pendaison étaient clairement visibles. La chose qui avait attrapé Dany l'avait traîné par le cou, comme un simple gibier. Il manquait également le bout des doigts à ses mains et à ses pieds. Et ses yeux avaient...

    Ils avaient disparu de leurs orbites. Certainement emportés par la chose. Cette vision était horrible, mais Jean-Louis ne pouvait s'empêcher de regarder ce cadavre. Puis il remarqua un petit détail. Une tache rouge, de sang sûrement, se situait sur le front des restes de Daniel. 

- Jean-Louis ! Qu'est-ce que tu fais ? demanda sa soeur, toujours en larmes.
- Chut, se contenta-t-il de répondre.

    Il observa. Une autre tâche apparut, puis une autre, puis encore une nouvelle. Ce n'était pas normal. Les tâches de sang ne venaient pas de Daniel. Elles lui tombaient dessus.

- Qu'est-ce que...

    Alors Jean-Louis comprit que l'origine de ces gouttes de sang se trouvait plus haut. Il jeta un coup d’oeil, la tête penchée vers le ciel, et inspecta le haut des arbres. Et c'est là qu'il la vit.

- OH PUTAIN DE MERDE !!!!!

    Alicia, confuse, se demanda ce que son frère avait vu. Elle décida de regarder le haut des arbres également. Et elle comprit.

- AAAAAAHHHHHHHHH !!!!!!

    Ils venaient de trouver Lucie. Elle n'était pas partie... Elle n'était juste JAMAIS revenue.

    Son corps mutilé avait subi les mêmes sévices que Daniel. Les yeux étaient absents, le bout des doigts dévorés. Pas de traces d'étranglement cette fois-ci. Ensuite, ils se souvinrent qu'ils avaient encore une amie.

- Oh merde, Flo ! jura Jean-Louis.

    Ils entendirent un grognement menaçant qui semblait de plus en plus proche. 

- Alice ! A trois on court !
- Oui.
Un, deux...
    
    La chose se rapprochait encore.

- TROIS !

    Elle venait de les trouver. Mais leur course avait commencé. La chose se mit à les poursuivre. Jean-Louis jura avoir un laps de temps, une forme gigantesque, dotée de fourrure, comme un yéti ou un... non, ça n'existe pas ce genre de monstre. Il préféra ne pas y penser pour se concentrer sur une chose : sa survie ainsi que celle de sa soeur.

    Leur course effrénée sembla durer une éternité. La créature inconnue grognait, se cognait sans cesse dans les branchements en les poursuivant, ce qui avait pour effet de la ralentir. Jean-Louis et Alicia finirent par rejoindre le chalet.

    Il arriva le premier. Elle était à la traîne.

- Mais bordel Alicia ! Qu'est-ce que tu fous ?

    Il la regarda, elle qui était un peu plus au loin. Et vit que la chose avait transpercé son torse par le dos. Un horrible trou était dans sa poitrine. Et son coeur avait disparu.

- NOOOOOOOON !!!!!!!!!!!! NOOOOOOON !!!!!!!!!

    La chose montra clairement son apparence monstrueuse de créature lycanthrope tout droit sortie des ténèbres.

- Viens, Jean-Louis. Dépêche-toi !

    C'était Floriane qui l'obligea à reprendre une nouvelle course contre la mort. Ils finirent par trouver la voiture, qui n'avait miraculeusement rien. Par chance, les clés étaient restées sur le contact, et elle démarra sans problème. Après un léger raid automobile dans la végétation, il parvinrent à quitter les bois de Frémontiers. Dans la voiture, Flo questionna son meilleur ami.

- Tu te sens mieux ?
- Ouais, ça ira. Putain de merde, sanglota-t-il.
- Y'avait quoi ? Y'avait quoi là-bas ?
- J'en sais rien. On aurait dit un loup-garou, je sais pas ce que c'était. Il a tué Alicia, et Daniel. 

    Elle le regarda.

- Et Lucie. Cette saloperie l'avait pendue à un arbre comme un trophée !
- C'est fini maintenant. Tout va bien. Le cauchemar est terminé. Ne t'en fais pas, je prendrai soin de toi. Je te le promets.

    

 
   
MEURTRES À FRÉMONTIERS
LA FORÊT INTERDITE
Article du Courrier Picard le 19 juin
  
   
 



    Dans la matinée du 17 juin dernier. La police, alertée de la disparition de cinq jeunes venus  de la capitale picarde pour un camping en forêt, fit des recherches. C'est dans les bois de Frémontiers, lieu réputé entre autres pour ses activités extra-scolaires, qu'ils trouvèrent une horrible surprise.

    Les corps sans vie de trois d'entre eux, deux filles et un garçon. Ils avaient été comme dévorés.

    Actuellement, les autorités recherchent les deux dernières personnes, disparues sans laisser de traces.

    La forêt de Frémontiers, quant à elle, est aujourd'hui suspendue de toute activité extra-scolaire, ou même touristique.

    

- C'est toi. C'est toi qui a fait ça.
- Comment as-tu deviné ?
- La voiture. Je ne peux pas croire que tu l'as retrouvée par hasard. Je sais pas comment tu as fait, mais tu les as tous tués.
- Ils ne te méritaient pas !
- Quoi ? Mais y'avait ma sœur bordel !
- Une traînée ! Comme cette pétasse qui t'avait trompée ! Souviens-toi. Je te l'avais pourtant dit. J'avais un plan pour elle. Il n'y a que moi qui puisse te comprendre, t'écouter, t'aimer. Mon cher ami. Mon amour.
- LA FERME !!!! LA FERME ! LA FERME ! LA FERME ! LA FERME !!!!!!!!!!!! Dis-moi juste... Ce que c'était... Que cette cr... chose !
- Tu as déjà entendu parler des Wendigos ?
- Va te faire mettre.
- Ils ressemblent à des loups-garous en fait. Sauf qu'eux gardent leur même forme du soir au matin. Le talkie-walkie c'était pour que le monstre les trouve plus facilement. J'avais fait en sort que l'appareil produise un ultrason que le seul le Wendigo entendrait... ça lui indiquait ainsi où était qui. Quand ils entendaient leur propre voix, c'était tout simplement parce que j'étais tout près...  Avec le second appareil. J'avais suivi Lucie dans les bois, et pour les deux autres, j'étais juste dans la pièce à côté. Et quand ils parlaient dedans, mon serviteur entendait le son de leur voix, et pouvait enfin les tuer. L'appareil n'avait aucun dommage, car le Wendigo n'aime que la chair fraîche d'un être dévoré vivant.
- Et tu crois me faire gober qu'il a buté tout le monde sauf moi par hasard ?
- Bien sûr que non. Comme toute créature sortie de l'ordinaire, il nécessite une invocation. 
- Alors... si je comprends bien. Tu... commandais ce truc ?
- Il a fait ce que je voulais ! Absolument tout ce que je voulais ! Il a éliminé les indésirables ! Et maintenant, il ne reste plus que toi, mon chéri.

    Un jeune garçon était étendu sur un lit, sanglé, prisonnier. Une fille de son âge se dandinait sur lui, avec un petit rire sadique. Puis elle sortit un couteau, le dirigea droit vers la poitrine de son amant, et fit une dernière déclaration à cet amour maudit :

- Ne t'en fais pas ! Tu nous rejoindras bientôt ! Mon ami !!!!   

Écrire commentaire

Commentaires : 0